Des réactions à Ferguson

Les tweets de Madame Taubira sur le verdict du Grand Jury du comté de Saint Louis, me laissent perplexe. En tant que citoyenne elle a le droit de dire qu'elle est indignée (pour employer un mot connoté par les temps) mais en tant que Ministre de la Justice de la République française elle ferait mieux de se taire plutôt que de critiquer une décision de justice d'un pays étranger, d'autant qu'elle n'a pas exprimé la même indignation face à la mort du jeune Rémi Fraisse ou face au traitement indigne des prisonniers dans les prisons françaises dont elle a la charge. Elle laisse ainsi penser qu'elle se voit plus comme icône et incarnation, pour ainsi dire, de la gauche antiraciste que comme ministre de la République.

Par ailleurs je suis très énervé, une fois de plus, par les commentateurs du journal Le Monde sur Ferguson. Comme d'habitude c'est un torrent de haine partisane et de rage anti-américaine mêlé à des justifications boiteuses, racistes et réactionnaires. il n'y a rien à tirer de ces commentaires qui n'existent et ne sont ouverts par le journal, semble-t-il, que pour permettre aux abrutis d'exprimer leur violence, leurs idées fixes ou leurs opinions préconçues et sommaires.

Comment le procureur a manipulé le Grand Jury de Ferguson

Jeffrey Toobin dans le New Yorker explique bien la tactique du procureur McCulloch pour obtenir que l’agent de police Darren Wilson ne soit pas inculpé par le Grand Jury. M. McCulloch, le procureur, a  donné aux grands jurés, en vrac pour ainsi dire, du moins de manière indiscriminée, des preuves disculpatoires et accusatrices, essentielles et accessoires, rendues par cette présentation indiscernables, de façon à les confondre tout en se donnant un air d’impartialité qu’il n’avait pas à s’arroger dans une telle procédure. Lors d’un Grand Jury en général un procureur sélectionne les preuves et interroge les témoins de manière à diriger la décision dans le sens qui lui convient. Les procédures devant un Grand Jury ne sont d’ordinaire pas impartiales, elles se font sans juge ni avocat de la défense et sous la seule direction d’un procureur; techniquement un Grand Jury est libre de décider contre l’avis du procureur mais pratiquement cela arrive très rarement. Dans le cas qui nous occupe les grands jurés se sont trouvés dans l’incapacité de se former une idée nette de la vérité et donc ont fini par se laisser guider par les préjugés pro-police et sécuritaires de bons citoyens effrayés par la délinquance, et décider qu’ils ne pouvaient pas inculper l’agent de police Darren Wilson.

Noirs et blancs

Qu'est-ce qu'un Grand Jury aux États-Unis ? C'est une institution judiciaire composé de citoyens tirés au sort qui a pour mission  de déterminer si des accusations criminelles doivent être portées contre une ou plusieurs personnes. Le Grand Jury a donc pour mission d'évaluer les preuves permettant d'inculper ou non un prévenu potentiel. Les Grands Jurys comprennent généralement un plus grand nombre de membres que les jurys criminels (jusqu’à 23 dans certains comtés). Les grands jurés prennent leurs décisions à la majorité simple. Les séances sont secrètes et se tiennent à huis-clos. Il n'y a ni juge ni avocat de la défense devant un Grand Jury, seulement le procureur qui présente ses preuves et interroge les témoins qu'il a convoqué. Les preuves qui seraient illégales au procès sont recevables devant un Grand Jury, celui-ci se prononçant seulement sur l'inculpation sans prononcer de culpabilité. Les grands jurés peuvent questionner les témoins, ce que ne peuvent pas faire les jurés d'un procès. Dans la pratique les Grands Jurys sont presque toujours largement manipulés par les procureurs.

Dans l'affaire de Ferguson le Grand Jury du comté de Saint Louis dans le Missouri avait à se prononcer sur l'inculpation ou non de l'agent de police blanc Darren Wilson qui avait tiré sur et tué un jeune noir, Michael Brown. Le meurtre de Michael Brown a déclenché, cet été, une longue série de manifestations populaires et d'émeutes dans la ville de Ferguson mettant au devant de la scène des problèmes de discriminations raciales et de méthodes policières allant bien au delà de la ville de Ferguson, Missouri.

Le Grand Jury a rendu son verdict hier soir : il a conclu qu'il n'y avait pas assez de preuves pour inculper le policier Darren Wilson du meurtre de Michael Brown. L'émotion créée par cette décision a été grande aux États-Unis en général et de nouvelles émeutes nocturnes ont eu lieu à Ferguson.

On sait que les grands jurés sont généralement largement manipulés par le procureur qui dirige leurs débats. La décision des grands jurés du comté de Saint Louis a donc été fortement téléguidée par le procureur chargé de l'affaire, par ailleurs le cadre légal pour inculper un policier de meurtre est très restrictif. Il est rare qu'un meurtre commis dans l'exercice de ses fonctions par un policier ne soit pas justifié d'une manière ou d'une autre. Je ne reviendrai pas ici sur les détails de l'affaire, il suffit simplement de savoir que le jeune Michael Brown venait de dérober des cigarillos dans une épicerie voisine, ce dont l'agent Wilson était au courant et que les témoignages sur échauffourée sont divergents ou parfois peu crédibles, bref que les choses, comme il est souvent de règle dans ces cas là, sont assez embrouillées pour que la vérité ne puisse jamais être connue. Comme dans l'affaire Trayvon Martin en Floride il y a donc peu de chance que justice soit faite à Ferguson, d'où la colère de la population.

L'Amérique n'a pas encore résolu le racisme et la discrimination raciale qui frappe les noirs dans ce pays. Certes les choses s'améliorent lentement depuis le mouvement des droits civiques des années 60-70, mais, et bien qu'un noir ai été élu à la présidence des États-Unis, il reste encore beaucoup à faire pour parler d'égalité raciale. Les choses sont très complexes toutefois. Pour avoir été plusieurs fois aux USA je peux témoigner d'avoir été sidéré par la réalisation que les noirs et les blancs vivent complètement séparés (dans une ville comme New York par exemple) et la simple consultation de ces cartes très bien faites permet de constater que c'est partout le même phénomène. Voir la carte ci-dessous du comté de Saint Louis, justement, les points verts représentent les noirs, les points bleus représentent les blancs.  Les inégalités sont aussi économiques, dans le domaine de la santé, celui du travail et dans le système judiciaire et pénal.

1 point vert = 1 habitant noir, 1 point bleu = 1 habitant blanc

Pourquoi parfois en anglais ?

De temps à autres je parle anglais sur ce blog ou sur Facebook. Pour cela, certains m'ont accusé de snobisme. Mais je m'en défends. J'écris en anglais de temps en temps, quand ça me chante, parce que j'éprouve simplement du plaisir et de l'excitation à écrire en anglais. Du plaisir, oui, et la satisfaction d'avoir écrit en anglais en faisant de mon mieux pour que ça soit en anglais correct. J'aime beaucoup la langue anglaise. Il m'arrive de lire des formules, des usages dans cette langue qui me remplissent de joie, au point parfois de m'arrêter dans ma lecture pour les noter quelque part. Pour moi, écrire en anglais, c'est accomplir un exercice encore plus difficile que d'écrire dans ma langue maternelle, mais parfois plus gratifiant, parce que c'est beaucoup plus de travail pour trouver la bonne formule ou le bon mot, parce que je suis forcé de plus réfléchir à ce que je veux dire, parce que je suis forcé de compenser mon manque de vocabulaire dans cette langue (du moins en thème) par des recherches dans les dictionnaires qui souvent m'emmènent plus loin qu'où je voulais aller et me font découvrir, par sérendipité, des mots et des tournures de phrase qui me plaisent ou que j'ignorais. Et par un phénomène que je n'explique pas j'en viens à être plus clair dans mon expression, plus fluide, et en fait à mieux dire ce que je voulais dire, enfin telle est mon impression, à tel point que dans les bons jours l'expression toute entière "coule" mieux en anglais qu'en français. C'est étrange mais c'est ainsi. Le fait est, aussi, que d'une certaine façon je ressens moins d'inhibitions à écrire en anglais qu'en français. Moins d'inhibition, mais plus de travail et plus de réflexion, plus de plaisir et de satisfaction à la fin de l'exercice car c'est toujours une sorte d'exercice.

Foxes

I stumbled upon a dead fox during my walk in the woods today. It was probably killed by hunters and left there as an example. It was a beautiful adult fox its body already returning to nature. I snapped a picture but won't post it here, it's awful. People here have a deep hatred of foxes. It's ancestral and rooted in old prejudices. Foxes are killer of poultry and one says that they break havoc in chicken coops becoming berserk at the view of hens and at the smell of blood. They are believed to carry rabies, too. Scientists say that they don't kill so many chickens after all and rabies kill them rapidly, so they are not so much a nuisance. Instead they have a role in the ecosystem of the woods, killing many rabbits and preventing them to proliferate and eventually spread myxomatosis. They kill also many country mouses, without this predation mouses would proliferate and attack crops. But what to do against ignorance and hatred? In this parts even to be red-haired can attract suspicion, because it's the same colour than the foxes, you know.

Map addict

Un jour dans le village de Huismes, près de l'endroit où je réside quand je suis à la campagne, j'ai rencontré des randonneurs à vélo qui m'ont demandé leur chemin. Ils n'étaient pas perdus et proches de leur destination (un gite rural) mais ce sont toujours les derniers kilomètres sur les petites routes de campagne sans guère d'indications qui sont les plus difficiles. Afin de mieux leur indiquer leur chemin je leur ai demandé de me prêter leur carte, et là, surprise, ils n'en avaient pas. Ils traversaient quasiment la France à bicyclette et n'avaient pas la moindre carte ! Aujourd'hui je lisais un livre en Anglais dont le titre "Map Addict" résume bien le propos, et j'ai trouvé exactement la réaction que j'ai eu alors.

What I wanted to say was, ‘You mean, you moved here from over a hundred miles away without buying a map first? Without taking it out on a nightly basis, stroking its contours, gently murmuring the unfamiliar names, idly following with your finger footpaths and streams, back lanes and bridleways, feeling faintly, randomly intimidated by the angular blocks of plantation forestry and sumps of squelchy moorland, excited by the wide beaches, towering peaks, limpid lakes and nestled market towns, all spread beguilingly across the paper? Without enjoying the thrill of anticipation of your impending move to a whole new world? Without checking out that whole new world, as captured by the gods of the Ordnance Survey? Are you mad? What in bejesus’ name is the matter with you?’ Extrait de : "Map Addict" by Mike Parker.

Je suis, moi aussi, un map addict, depuis tout petit je peux passer des heures entières sur des cartes, et aujourd'hui sur Google Maps, Géoportail, Ordnance Survey Getamap (où je paye même un abonnement annuel pour les voir en plus grand!), ou sur ACME Mapper. Quand j'étais gamin j'avais un Grand Atlas Mondial qui était mon livre de chevet et je me souviens encore de la découverte émue du Grand Atlas de l'Encyclopédie Universalis, un jour chez mon frère. J'avais une passion coûteuse pour les cartes au 1:25000 de l'IGN, la série bleue, qu'on appelait les cartes d'état major.

Aujourd'hui j'ai réalisé un de mes rêves de jeunesse : je dessine des cartes pour gagner ma vie; pas des cartes topographiques mais des cartes de géographie et j'adore ça. En plus j'aide à l'arrestation de malfaiteurs avec mes cartes, c'est quasiment un rêve de gosse!

Noir et blanc

Il y a quelques temps j’ai répondu à un défi qui m’avait été lancé par mon amie blogueuse et photographe Nina Tovish, il fallait poster sur Facebook une photo en noir et blanc par jour pendant cinq jours. J’ai été chercher quelques photos en couleur jamais publiées ailleurs et je les ai recadrées et transformées en noir et blanc avec Lightroom.


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À ma grande surprise ces images ont eu un grand succès auprès de mes contacts sur Facebook. Du coup j’ai continué, après la fin du défi, à publier sur mon mur FB une photo en noir et blanc par jour. Pour ce faire je suis allé puiser sur Flickr d’anciennes images que j’avais faites pour le livre “Nestor Burma” des Moutons électriques, la maison d’édition de mon neveu.


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Et voilà que je suis mis à trouver, moi qui suis toujours aussi insatisfait de mes photos, ces images excellentes (en toute modestie!). Et voilà aussi que je me suis mis à avoir envie, de nouveau, de faire des photos, mais en noir et blanc exclusivement. Et des projets photographiques de naître dans ma tête… Le noir et blanc ça tombe bien puisque nous sommes en hiver et que la monochromie va bien à cette saison.

Je ne peux que remercier sincèrement Nina de m’avoir lancé.

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Pour terminer ce billet cette photo que j’aime beaucoup, faite avec mon iPhone dans le métro, du temps où je prenais le métro tous les jours.

Affaire Jouyet - Fillion

Je ne comprends pas pourquoi Le Monde s’est assis sur cette révélation pendant près de deux mois et qu’ils la sortent à quinze jours des élections à la présidence de l’UMP. À qui profite le crime finalement: à Juppé, Le Maire ou à Sarkozy lui-même ? Sûrement pas à Fillion ni à Jouyet, donc à Hollande. Dans ce cas on se demande pourquoi Jouyet à fait ses révélations à deux journalistes d’investigation du Monde. Qu’avait-il en tête? Pourquoi le journal Le Monde titre-t-il fréquemment et depuis plusieurs semaines sur les turpitudes supposées de Sarkozy? Ça ressemble à une campagne pour l’empêcher d’accéder à la présidence de l’UMP, mais qui a toutes les chances de favoriser Sarkozy chez les militants UMP, au contraire du but apparemment recherché. Cette histoire révèle en fait magouilles sur magouilles et ne peux que profiter in fine à Marine Le Pen. Ceux qui veulent faire croire aux complots pour empêcher Sarkozy de revenir doivent se frotter les mains. C’est désolant, pour ne pas dire plus.

Des bêtises télévisuelles

C'est avec incrédulité que j'ai entendu, hier soir, Léa Salamé, nouvelle chroniqueuse de l'émission "On n'est pas couché"sur France 2 dire : "Barack Obama a affaibli l'Amérique, il en a fait une puissance qui ne fait plus peur au monde entier". Le tout dit sur le ton de reproche accusateur et péremptoire dont cette dame est coutumière. Un tel déploiement d'ignorance et de bêtise m'a fait immédiatement zapper sur une autre chaîne (où l'on passait un magnifique et passionnant reportage sur les travaux engagés à la Nouvelle Orléans pour mettre cette ville à l'abri des eaux de tempêtes). On peut certes reprocher beaucoup de choses à M. Obama mais certainement pas d'avoir affaibli son pays en choisissant plutôt que la force brutale, l'exercice rusé de la force (le soft power) tout en rétablissant l'influence des États-Unis dans le monde en améliorant les relations de son pays avec ses alliés. On ne peut pas lui reprocher non plus d'avoir choisi la négociation patiente plutôt que la guerre pour arriver à ses fins (comme avec l'Iran en ce moment par exemple). On ne peut pas lui reprocher d'avoir mis fin à deux guerres longues, coûteuses et sanglantes pour les États-Unis, certes avec des résultats mitigés (pour le moins) dans les pays concernés, mais sans avoir affaibli l'armée de son pays.

Un beau mois de mai

J’ai passé un excellent moi de mai 68. Il faisait beau, l’école était fermée, d’ailleurs plus rien ne fonctionnait dans le pays, c’était le bordel et c’était génial. Nos parents étaient verts de trouille, c’était marrant. Avec mes copains les frères Pion (fils du pharmacien, révolution ou non on ne fréquentait pas les prolos), on passait nos journées à la plage (oui, le long de la Vienne, lieu dit La Belle Laveuse), on mitraillait les canards avec des cailloux en disant que c’était des flics et puis on faisait des ricochets. On regardait à la télé les émeutes à Paris. À Chinon la révolution était modérée: je me souviens d’une manifs’ des agents d’EDF (la centrale nucléaire d’à coté) et d’un lycéen qui se baladait dans les rues, tout seul, avec un drapeau rouge.

Ça a duré trois semaines et puis De Gaulle a disparu, jour de panique, mon père avait mis la radio dans le magasin pour être tenu au courant, minute par minute, du “coup de torchon” qui n’allait pas manquer d’arriver. Et puis De Gaulle est revenu, a fait un discours retentissant à la télé (“Alors, mon cher et vieux pays”…), il y a eu une grosse manif’ de droite à Paris sur les Champs Elysées (Malraux et Debré en tête, hâves, échevelés, au milieu des tempêtes), et puis tout le monde est parti en vacances. Terminée “la chienlit”.

C’était un beau mois de mai, quand même.

Prochaine manche en 2016

Encore quelques pensées sur les élections américaines d’hier. 

Comme je l’écrivais dans le post précédent la majorité du GOP au Sénat est de 54, c’est une majorité confortable mais pas suffisante pour contrer un véto du président. Il est probable que si les lois votées par les deux chambres ne soient pas acceptables par le président Obama il refuse de les signer mettant ainsi son véto à leur application. Ce qui signifie que ce ne sera plus le Congrès qui fera obstruction, comme ces quatre dernières années, mais la Maison Blanche.

Obama n’a plus d’élections à assurer, il est dans son deuxième et dernier mandat, il peut donc sans arrière pensées repousser toutes les initiatives des Républicains qui ne lui plairaient pas. Et quelque chose me dit qu’il n’hésitera pas à le faire si l’occasion se présente.

Tout ce que ces élections montrent, selon moi, est que les Républicains ne sont pas près de disparaître et qu’ils disposent d’une base solide (même si ces élections au Sénat avaient lieu dans des régions où Obama est particulièrement détesté et non dans des régions où la démographie lui était plus favorable). Cette victoire va leur suggérer de ne rien changer à leur doctrine politique, puisque ça a très bien marché cette fois-ci, et c’est exactement ce qui pourra les faire battre une prochaine fois.

Je pense aussi que les Démocrates n’ont pas très bien mobilisé et c’est sans doute parce que ce parti manque d’idées neuves et motivantes pour les Américains, c’est la rançon de l’exercice du pouvoir et la fin d’un cycle pour le parti Démocrate.

Mais deux ans c’est long en politique et nous l’avons vu maintes et maintes fois par le passé, les majorités alternent assez facilement dans ce pays. Il y a de quoi rester optimiste pour 2016.

Le Sénat US passe à droite

Donc les Républicains ont reconquis le Sénat et conservé la Chambre des représentants. Il eut fallu un miracle pour que les Démocrates l'emportent au Sénat, le tiers renouvelable était en majorité dans des Etats conservateurs ou en balance précaire entre les deux et les midterms ne mobilisent pas autant les électeurs que les présidentielles, d'où l'abstention massive, de surcroit les Etats où les sénateurs étaient renouvelables étaient les plus traditionnellement hostiles à Obama. En plus un certain nombre de sénateurs Démocrates avaient pris leur retraite à l'occasion de ces élections et leur successeurs potentiels n'ont pas fait aussi bien qu'eux. Quant à la Chambre, l'actuel découpage des circonscriptions assure une majorité aux Républicains, au moins jusqu'au prochain découpage.

Les stratèges du parti Républicain ont bien joué leur coup cette fois-ci. Ils ont bien pris garde à faire éliminer dès les primaires les candidats les plus problématiques, c'est à dire les plus éxtrémistes, pour ne garder que les modérés, les plus électables, les moins susceptibles de faire de grosses gaffes (à l'exception de l'élimination d'Eric Cantor dès sa primaire) pour lesquels ils ont fait de gros efforts d'entraînements. Les candidats Républicains ont béneficié de fonds sans précedents pour leurs campagnes, résultat des efforts demandés aux riches soutiens conservateurs (les super PAC). Enfin, la campagne a été polluée par des problèmes nationaux et internationaux très défavorables au pouvoir en place (Ebola, EIS en Irak...).

Bon, le Congrès est donc entièrement aux mains des Républicains. Je ne pense pas que ça soit si mauvais que ça puisque Obama est toujours au pouvoir, sans espoir de réelection, donc avec les mains un peu plus libres de ce coté là et avec toujours son droit de véto. Par contre la pression va être maintenant sur les Républicains pour que le Congrès réalise enfin quelque chose après quasiment 6 ans d'obstruction et d'immobilisme. Ils vont devoir trouver des compromis avec les Démocrates et ces compromis ont une bonne chance de faire éclater leur majorité entre les extrémistes du genre Cruz et Rubio et les modérés.

Enfin, d'une part les élections de 2016 se présentent théoriquement mieux pour les Démocrates, aussi bien géographiquement que démographiquement et seront des élections présidentielles donc avec une plus grande participation ce qui leur est toujours favorable. D'autre part les Républicains ne font rien pour gagner les suffrages des minorités ethniques qui sont fortement portées sur leurs adversaires de gauche.

Midterm

C'est jour d'élection aujourd'hui aux États-Unis.

Toute la Chambre des représentants des USA est renouvelée, le mandant des représentants est de deux ans renouvelable. Il y a 435 représentants.

Un tiers du Sénat des USA est renouvelé, le mandat des sénateurs est de six ans, et le Sénat est renouvelé par tiers tous les deux ans. Il y a deux sénateurs par État soit 100 sénateurs. Ces élections se déroulant la deuxième année du mandat du président (de quatre ans), on les appelle les midterm, les élections de mi-mandat (du président).

Ça c'est au niveau fédéral.

Car en même temps se déroulent dans tous les États-Unis les élections locales de l'État et du Comté de l'électeur. Il y a parfois un nombre effarant de postes à pourvoir et les bulletins de vote sont très longs. Par exemple l'électeur de l'État lambda va voter, en plus des gens cités ci-dessus, pour son Gouverneur et son Lieutenant-gouverneur (le vice-gouverneur), pour une dizaine de postes officiels de l'État, pour quelques juges d'État et quelques juges du Comté, pour un sénateur au Sénat de l'État et un représentant à la Chambre des représentants de l'État, et pour les candidats à divers mandats locaux, comme celui du shérif ou du maire. Enfin il peut avoir à voter à un ou plusieurs référendums d'initiative populaire.

Les élections, au moins pour les postes fédéraux, sont uninominaux, majoritaires, à un tour. Pour les autres c'est également le cas sauf exceptions.

Le Congrès élu aujourd'hui ne sera formé que le 20 janvier 2015. En attendant les sénateurs et les représentants battus gardent leurs postes jusqu'à la fin de la session, aux vacances de Noël, c'est ce qu'on appelle un congrès "canard-boiteux" (lame duck).

Au Congrès d'aujourd'hui les Démocrates ne sont majoritaires qu'au Sénat, et encore d'une voix seulement. Depuis deux ans (et même en fait quatre ans), la Chambre des représentants a bloqué systématiquement toutes les initiatives et presque toutes les nominations du président Obama et des Démocrates. Les pronostiqueurs politiques pensent que le Sénat va basculer à droite (que les Démocrates vont perdre leur courte majorité) lors des élections d'aujourd'hui. Si cela arrive en fait ça ne changera pas grand-chose et Obama pourra toujours mettre son véto aux tentatives de supprimer Obamacare, par exemple.