Portraits d'inconnus dans le métro

Inconnu1

Ligne 12 - iPhone 4.

Une histoire sombre

C'est une histoire banale, une histoire de peur de l'autre, de celui qui n'est pas "normal", une histoire d'ignorance, d'absence du sens de notre commune humanité, une histoire de colère, une histoire de foule égarée, une histoire profondément triste, scandaleuse et révoltante.

C'est l'histoire d'un vieux type seul, un peu négligé, mal habillé, qui traîne devant l'école maternelle à la sortie des classes. Il est peut-être un peu simplet, un peu gaga. Il ne se rend pas compte que, de nos jours, quand on est un vieux type mal fagoté, regarder sortir les enfants des écoles ça éveille les soupçons des braves gens qui vivent en permanence dans la terreur du pervers sexuel. Des braves gens qui sont à cran, tout le temps, avec "tout ce qu'on voit actuellement". Elle est ancienne cette terreur, c'est celle de l'ogre, celle de l'étranger joueur de flute, qui charme les enfants au son de son instrument et les enlève du village, celle de la sorcellerie. Et de nos jours elle est amplifiée par les faits-divers qu'on voit montés en épingle, dans les journaux, à la télé et qui sont exploités sans vergogne par le gouvernement. Les parents ont peur, ils poursuivent le vieux type jusqu'à son domicile, le coincent dans l'entrée de son immeuble, appellent la police. Celle-ci n'agit pas souvent avec le tact qu'on pourrait attendre d'elle, en l'occurence les flics s'emparent du pauvre type affolé, terrorisé et le menottent, le jettent dans le fourgon. Là le pauvre vieux fait une crise cardiaque et meurt sur le plancher du panier à salade. On se rend compte, après, qu'il n'y avait strictement rien à lui reprocher, mais trop tard, il est mort.

Les gens qui l'ont presque lynché ne se sentent pas particulièrement coupables :

"Il avait une attitude suspecte, il n'était pas net, on n'avait pas confiance. Moi je cachais ma fille derrière moi, j'avais peur pour mes enfants. Il était louche, il regardait les enfants", a déclaré de son côté Nathalie, une très jeune maman dont les trois enfants sont scolarisés dans cette école.
"On a appelé la police plusieurs fois, mais ils ne sont jamais venus. On a alerté le directeur. Il allait lui parler et lui demandait de ne pas rester ici. Mais personne ne s'en approchait", a affirmé une autre mère de famille.
"Il est mort, je n'ai pas de réaction. Je pense que c'est un mal pour un bien. Maintenant, je suis tranquille", a-t-elle ajouté.

Le procureur de Brest a tenté de prendre du recul :

Le procureur de la République de Brest, Bertrand Leclerc, a mis en garde contre les "climats de psychose". "Il est très important, en dehors de la vigilance normale des citoyens, qu'on ne se méprenne pas et que l'on n'entretienne pas des climats de psychose qui peuvent arriver à ce genre d'issue fatale", a-t-il déclaré.
"On a vécu pendant une dizaine de jours dans une nébuleuse de rumeurs qui a enflé à partir d'une méprise sur un homme vu tentant d'enlever une enfant alors que ce n'est pas le cas (...). Mais personne n'a véritablement pris la peine d'alerter les services de police et c'est là qu'est l'erreur", a insisté le procureur de Brest.

Tous les jours il y a des moments sombres pour l'humanité, la plupart du temps ils ne sont pas relevés, hier à Brest il s'est produit un de ces évenements.

→ Orages sur la prairie

Lens culture: Mitch Dobrowner

Magnifique série d'images d'orages, de trombes et de tornades sur les grandes plaines américaines.

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(Photo © Mitch Dobrowner - Lens Culture) (via 3 Quarks Daily)

Words are inadequate to describe the experience of photographing this immense power and beauty. And the most exciting part is with each trip I really don’t know what to expect. But now I see these storms as living, breathing things. They are born when the conditions are right, they gain strength as they grow, they fight against their environment to stay alive, they change form as they age… and eventually they die. They take on so many different aspects, personalities and faces; I'm in awe watching them. These storms are amazing sights to witness....

→ Fille de Staline

Stalin’s Daughter Dies at 85 - NYTimes.com

J'apprends que Staline avait une fille et qu'elle est morte il y a quelques jours après une vie vraiment agitée. Ça ne devait pas être facile d'être la fille de Staline et de vivre avec le fantôme de son dictateur et assassin de masse de père. Née en 1926 sous le nom Svetlana Stalina, elle devint en 1953, à la mort du Petit Père des Peuples, Svetlana Alliluyeva (le nom de sa mère) et enfin, émigrée aux Etats Unis et ayant épousé en 1970 William Wesley Peters, Lana Peters. Elle eut une vie complêtement dingue. Elle était très instable et probablement très sérieusement névrosée (on le serait à moins). Elle ne cessa de sa vie de changer de vie et de pays de résidence. Elle s'enfuit d'URSS pour les Etats-Unis, en passant par l'Inde, en 1967. À la suite de sa défection le KGB mit un contrat sur sa tête et la CIA dut la protéger. Elle épousa en troisième noce l'ex-mari de la fille adoptive de Frank LLoyd Wright et vécut dans la fameuse maison de Wright en Arizona : Taliesin West. Pendant ses premières années américaines elle afficha un très fort anti-communisme et écrivit deux autobiographies qui furent des best-sellers.  En 1984 elle retourna en URSS et embrassa le régime communiste avec un zèle extraodinaire autant que surprenant au regard de ses prises de positions passées. Puis elle retourna, quelque peu repentante, aux Etats-Unis en 1986. Elle eut trois enfants, deux en URSS avant sa défection : un garçon Iosif (mort en 2008) et une fille Yekaterina (toujours vivante) et une fille, Olga, aux Etats Unis avec M. Peters.

Portraits d'inconnus dans le métro

Inconnu dans le metro

Sur la ligne 12. Avec iPhone 4.

→ Religion sans consolation

Bret Stephens, dans le Wall Street Journal compare les théories du réchauffement climatique à une religion :

Consider the case of global warming, another system of doomsaying prophecy and faith in things unseen. As with religion, it is presided over by a caste of spectacularly unattractive people pretending to an obscure form of knowledge that promises to make the seas retreat and the winds abate. As with religion, it comes with an elaborate list of virtues, vices and indulgences. As with religion, its claims are often non-falsifiable, hence the convenience of the term "climate change" when thermometers don't oblige the expected trend lines. As with religion, it is harsh toward skeptics, heretics and other "deniers." And as with religion, it is susceptible to the earthly temptations of money, power, politics, arrogance and deceit. [...] And there is this: Religions are sustained in the long run by the consolations of their teachings and the charisma of their leaders. With global warming, we have a religion whose leaders are prone to spasms of anger and whose followers are beginning to twitch with boredom. Perhaps that's another way religions die.

Il me semble que le coté moralisateur rigoriste des écologistes vient de là. L'écologie, cette religion.

Attrape couillon

Tiens, j'ai reçu un bel exemple de phishing : un e-mail soi-disant émanant de GMail me demandant de leur renvoyer (par e-mail!) toutes les données (y compris le mot de passe, bien entendu) de mon compte GMail, dans le 48 heures sous peine de le voir suprimer.

La ficelle est vraiment très grosse, énorme même, ça se voit vraiment comme le nez au milieu de la figure que c'est une tentative d'escroquerie. Les voleurs n'ont même pas pris la peine de vraiment se cacher, l'escroquerie se décèle au premier coup d'oeil, enfin moi je l'ai décelé au premier coup d'oeil. Mais je suis sûr que je n'étais pas dans le coeur de cible des escrocs, c'était un e-mail envoyé en masse et sur le nombre il est certain que des gens peu au courant du fonctionnement d'Internet vont s'y laisser prendre et renvoyer toutes les données de leur compte pour ne pas risquer de voir leur compte GMail suprimé. Internet peut se révéler dangereux pour qui n'a aucune idée de la façon dont il fonctionne. Dangereux pour l'ignorant ou le naïf lui-même mais aussi pour les autres. Je crois depuis longtemps qu'on devrait faire passer une sorte de permis d'utiliser Internet aux nouveaux utilisateurs, comme on fait passer le permis de conduire. Un petit examen gratuit qui ait surtout l'interêt de permettre aux nouveaux utilisateurs de ne pas tomber dans le panneau de tous les escrocs qui circulent sur la toile, de faire comprendre les rudiments du fonctionnement technique d'Internet afin de les protéger et de protéger l'ensemble des internautes. Au moins ça leur donnerait les règles du jeu, libre à eux de ne pas les respecter après et d'en subir les conséquences.

Alain de Botton on success

(Sous-titré en Français, pour votre service !)

The other thing about modern society and why it causes this anxiety is that we have nothing at its center that is non-human. We are the first society to be living in a world where we don't worship anything other than ourselves. We think very highly of ourselves, and so we should. We've put people on the moon. We've done all sorts of extraordinary things. And so we tend to worship ourselves. Our heroes are human heroes. That's a very new situation. Most other societies have had, right at their center, the worship of something transcendent: a god, a spirit, a natural force, the universe, whatever it is, something else that is being worshiped. We've slightly lost the habit of doing that, which is, I think, why we're particularly drawn to nature. Not for the sake of our health, though it's often presented that way, but because it's an escape from the human anthill. It's an escape from our own competition, and our own dramas. And that's why we enjoy looking at glaciers and oceans, and contemplating the Earth from outside its perimeters, etc. We like to feel in contact with something that is non-human, and that is so deeply important to us.

Fin novembre

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Dimanche de fin novembre à Paris.

→ Rollercoaster staircase

Tiger & Turtle – Magic Mountain / Heike Mutter + Ulrich Genth | ArchDaily

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The walkable, large outdoor sculpture Tiger & Turtle – Magic Mountain is currently in construction on the Heinrich Hildebrand Höhe in Duisburg Wanheim (D). It overtops the plateau with the artificially heaped-up mountain by 21m | 23yd so the visitor can rise by more than 45m | 49yd above the level of the landscape and enjoy an impressive view over the Rhine.

via Boing Boing

→ Palantir

Palantir, the War on Terror's Secret Weapon - BusinessWeek

Depending where you fall on the spectrum between civil liberties absolutism and homeland security lockdown, Palantir’s technology is either creepy or heroic. Judging by the company’s growth, opinion in Washington and elsewhere has veered toward the latter. Palantir has built a customer list that includes the U.S. Defense Dept., CIA, FBI, Army, Marines, Air Force, the police departments of New York and Los Angeles, and a growing number of financial institutions trying to detect bank fraud.

→ Photo, Morris, Sontag, McNamara et au delà...

The Millions : Battle of the Heavyweights: Errol Morris vs. Susan Sontag

Un article passionnant sur une controverse entre Errol Morris et Susan Sontag, la réalité et la fiction, les arrangements avec la vérité en photographie d'actualité, Robert McNamara et les crimes de guerre, la guerre du Vietnam...

→ Paris factice

"Sham Paris": An Entire City’s Stunt Double | Strange Maps | Big Think
Pendant la guerre de 14 les autorités décidèrent de construire un faux Paris du coté d'Herblay (à l'ouest de la vraie capitale) pour tromper les bombardiers Allemands.
À l'époque les bombardements avaient toujours lieu de nuit et étaient, en comparaison avec ceux d'aujourd'hui, plutôt artisanaux : le pilote balançait à la main ses bombes par dessus bord, sur l'objectif. Mais ces bombardements faisaient tout de même des dégâts et des victimes à terre. D'où l'idée de construire un Paris factice à la campagne, bien éclairé à l'opposé du vrai Paris soumis au black-out. Le projet ne vit pas le jour (ou en l'occurence la nuit), la guerre prit fin avant sa réalisation.

→ Black Friday

Squashed

Thanksgiving is a one of our better ideas. We, theoretically, reflect on how fortunate we are to have what we have. The day after Thanksgiving would be a great day to start thinking how we might start addressing wrongs perpetuated on anybody trampled in the process of putting together the comfort and security we are so thankful for. Instead, we’ve turned it into a symbolic date for acquiring shinier objects in anticipation of how we can best miss the point of our next major holiday. Perhaps worse, it infects Thanksgiving itself, turning the holiday into, effectively, a paean to culinary gluttony in preparation for commercial gluttony.

Via Marco Arment

→ L'affaire DSK rebondit

What Really Happened to Strauss-Kahn? by Edward Jay Epstein | The New York Review of Book

Il est rare que les théories du complot viennent d'un journal aussi sérieux que The New York Review of Book. Les révelations produites dans cet article sont troublantes, au minimum. Toute cette affaire, depuis le début, sent la barbouserie. Bien sûr, je sais, le rasoir d'Occam et tout ça, mais on a déjà vu des affaires de ce genre : rappelez-vous, l'affaire Greenpeace, l'affaire Ben Barka...

→ Back in the fifties

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The fifties are now recalled as a golden age when Americans, white ones anyway, burst into the suburbs, while all the consumerist gratifications deferred by the Great Depression and World War II were sated. It was the age of the television set (“Bigger screen… Brighter picture… Better reception”) and pop-up toasters, of Frigidaires and freezers big enough “for the whole family” (“holds 525 pounds!”), of “extension” phones, wonder of wonders, (“I just couldn’t get along without my kitchen telephone”), and cigarettes so “soothing to the nerves” that doctors and baseball players alike were proud to endorse them.

With good jobs and rising wages in a still war-battered world, the United States stood so much taller than the rest of the planet, manufacturing the large items of the peaceable life (cars, above all) and the advanced weaponry of war, often in the same dominant corporations. It was a world in which Bell Telephone, that purveyor of extension phones, could also run upbeat ads aimed at boys extolling its weapons work. (As one began: “Chip Martin, college reporter, sees a ‘talking brain’ for guided missiles... ‘Glad to see you, Chip. Understand you want to find out how our Air Force can guide a warhead a quarter of the way around the world. Well, look here...’”)

Inexpensive gas, cheap well-marbled steaks, and reliable warheads that might end life as we knew it -- that seems like a reasonable summary of the obvious in American life in those years. And if you were a kid and wanted more, Hollywood was there to deliver: it was a time when, on screen, the Marines always advanced before the movie ended, and the sound of a bugle meant the bluecoats were coming to save the day. It was the moment when, for the first time in history, teenagers had money in their pockets and could begin to spend it on clothes, records, and other entertainment, propelling the country into a new age in which the Mad Men of that era would begin advertising directly to them.

Tom Engelhardt - How The Movies Saved My Life

(Image : Google StreetView, Detroit, Michigan.)

Olancha

Olancha

Il parait que Hank Schirer vivait dans une caravane à Olancha sur la route de Bishop, dans le conté d'Inyo pas loin d'Owens Lake dans la sierra. Un drôle de type, Hank. A dix huit ans il avait été condamné à dix ans de taule pour un vol à main armé dans une pharmacie de Barstow. À Corcoran il était devenu plus ou moins soldat de l'Arian Brotherhood, il disait que ça lui avait permis de sauver sa peau. A sa libération il avait échoué là, dans ce préfa près de la Vallée de la Mort. J'ai jamais compris pourquoi il avait échoué dans ce bled perdu. Peut-être que ses dix ans à Corcoran l'avaient dégoutté de l'humanité. Ça serais compréhensible. Ou bien qu'il ne tenait pas à revoir ses anciens amis, ou ennemis. Et puis il a trouvé un job de videur dans un bar à petzouilles de Lone Pine. Un soir il a buté un Mexicain nommé Edgar Acevedo sur le parking du saloon. Une rixe. On ne sait pas trop ce qu'il s'est passé. Hank était saoul, il paraît. De toute façon, Hank il pouvait pas blairer les latinos, ça datait de la prison. Toujours est-il qu'il est maintenant à Chuckawalla Valley, pour vingt ans, parole à quinze, et qu'il est monté en grade dans la fraternité arienne. C'était ça ou les Mexicains de la taule lui faisaient la peau. Sa caravane ? Il paraît qu'elle est toujours dans ce trailer park à Olancha.

(Image Google StreetView, Olancha, Californie).

Arabi

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Arabi, St. Bernard Parish, avait sérieusement morflé pendant Katrina.Le 29 Août 2005 à 9 heures du matin, juste après le passage de l'ouragan, le Mississippi était passé par dessus les levées. Les habitants qui n'avaient pas évacué les jours précédents vers Baton Rouge, Houston et même plus loin durent s'échapper avec les moyens du bord. À la nage, sur des radeaux… Des gardes chasses qui s'étaient rassemblés de l'autre coté du fleuve, à Algiers, en prévision de l'ouragan leur portèrent secours en réquisitionnant tous les bateaux qu'ils purent trouver. Dans certaines rues il y eu jusqu'à 6 mètres d'eau. Après ça, seule une partie des huit milles habitants d'Arabi revinrent dans leur ville. Les maisons durent être rasées et reconstruites, en attendant, les gens qui étaient revenus logeaient dans des caravanes, devant les ruines de leurs baraques. Beaucoup restèrent là où ils avaient trouvé refuge. D'autres étaient morts, noyés. Les stigmates de Katrina se voyaient encore partout cinq ans après.

(Image Google StreetView, Arabi, Louisiane).

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Mexicali. Combien de polos on voulu escalader ce mur pour passer aux Etats-Unis, affamés et plein d'espoir, rançonnés par les passeurs, pour tomber de l'autre coté, au choix, sur La Migra, l'American Canal pollué à mort ou le désert qui vous transforme un homme en figue sèche en six heures chrono. A tout prendre La Migra est encore la meilleure issue, ils vous ramassent et vous renvoient de l'autre coté. Le désert ne pardonne pas et le canal c'est la loterie : la noyade ou les maladies. D'un autre coté rester au Sud c'est risquer de crever de pauvreté, de se faire buter par les Zetas, ou de travailler comme un chien dans les maquiladoras. Mieux vaut essayer de passer le mur.

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De l'autre coté du mur, c'est les Etats-Unis, Calexico, Imperial county, California. L'irrigation a transformé le désert en champs de primeurs, de cantaloupes ou d'oignons, on y embauche les polos qui n'ont pas été chopés par La Migra et reversés de l'autre coté, pour travailler dans les champs, une belle hypocrisie.

(Images Google StreetView. Mexicali, Mexique / Calexico, Californie).

→ Untold Stories : Jonathan Smith Photography

Untold Stories : Jonathan Smith Photography

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J'aime beaucoup les photographies de Jonathan Smith et en particulier la série "Untold Stories".

Ouais, New York toujours…!

L'an prochain à New York

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Cette année donc pas d’Amérique et pas de New York mais ce n’est qu’attendre un peu. J’ai l’intention de louer un appartement à New York pour quatre semaines, l’an prochain. J’ai même trouvé un appartement pas trop cher et qui conviendrait dans le Lower East Side. C’est un projet auquel je pense depuis le mois d’août dernier. Passer un mois (ou peut-être même cinq semaines mais c’est plus difficile pour moi à cause de mon job) à New York est une idée qui m’excite beaucoup. Je rêve de vivre enfin dans cette ville, plutôt que d’être à l’hôtel pour une courte période, d’aller faire mes courses comme les autres habitants, de manger chez moi, voire d’inviter des gens à dîner chez moi, d’avoir le temps, d’avoir du temps devant moi, même pour ne rien faire, de ne pas être pressé par le temps constamment, de ne pas faire un programme et d’être obligé de s’y tenir, de décider un jour de ne pas sortir et de passer la journée à lire, écrire et surfer sur le web, comme je le fais chez moi en France, et de ne pas penser que j’ai lamentablement perdu mon temps rendu précieux par la brièveté du voyage. J’ai envie de vivre dans cette ville comme si j’en faisais partie et non comme un touriste pressé. Bien sûr je sais que je ne serai jamais un véritable habitant de Manhattan, je sais que c’est une illusion et je sais que le retour et le moment du retour sera peut-être assez difficile (encore que je crois qu’après un mois je serai probablement content de rentrer chez moi, bien plus que quand je partais une semaine, et quand je suis parti un mois aux Etats Unis en 1993 j’étais bien content de rentrer, je suis un indécrottable casanier). Mais je crois que ça vaut vraiment le coup d’essayer.

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Image Google Streetview de l'angle nord de la 6ème rue et Avenue A, là où je vais probablement louer un appartement.

→ Dreamlands

Dreamlands est un blog extraordinaire. Un blog de voyages virtuels à travers le monde de Streetview. Avec une préférence pour les endroits en déréliction, les faubourgs, les parkings, les caddies abandonnés. Un travail remarquable et passionnant.

→ Evil social networks

So the ideal social network (from an investor's point of view) is one that presents itself as being free-to-use, is highly addictive, uses you as bait to trap your friends, tracks you everywhere you go on the internet, sells your personal information to the highest bidder, and is impossible to opt out of. Sounds like a cross between your friendly neighbourhood heroin pusher, Amway, and a really creepy stalker, doesn't it?

Evil social networks - Charlie's Diary

→ After the Tsunami, a Widening Gyre

After the Tsunami, a Widening Gyre - NYTimes.com

L'immense quantité de débris du tsunami du nord du Japon dérive dans l'Océan Pacifique.

Scientists say much of the debris will end up in the great, amorphous zone known as the Pacific Garbage Patch, where fragments of modern society hang in the water, leaching chemicals and contaminating fish and seabirds. But a fraction, maybe 5 percent to 10 percent, of the tsunami debris will wash up on shore.

→ Paris Review - Interview, William Gibson

Paris Review - The Art of Fiction No. 211, William Gibson

Un très long interview de l'auteur de Neuromancer et de Pattern Recognition. Dans lequel on apprend, entre autres, que Gibson n'a pas fui le service militaire au Canada pour ne pas aller au Vietnam vu qu'il n'a jamais été recruté et comment lui est venue l'idée du "cyberspace".

→ Martin Amis, The Biography

Geoff Dyer a lu la biographie de Martin Amis et comprend pourquoi ce dernier ne l'a pas trouvé à son goût.

[…] my own guess is that it was Bradford’s prose that did for Amis. Amis is hyper-allergic to bad writing and seeing his life half-swaddled in Bradford’s sentences must have induced anaphylactic shock. Jeez, they gave me a shock – though with its suggestion of brevity, as in “short, sharp”, it is not the right word, for the sense that this is shockingly bad writing deepens with exposure. This shock came as a bit of a surprise, so to speak, since the late Humphrey Carpenter is quoted as saying that Bradford, in his Kingsley biography, rose “to Amis’s stylistic level” – enormously consoling news for those of us who have never been persuaded to read Amis the elder. Either that or, since Martin has spoken warmly of Bradford’s trawl through his father’s life, the present book represents a precipitous decline in quality.

The way of the dodo

Il se dit dans les journaux que notre ex-futur président de la république que l'on aurait peut-être eu si Nafissatou Diallo et le NYPD ne s'en étaient mélés, aurait (le conditionnel est de rigueur) fait venir des filles du proxénète belge Dodo la Saumure à la capitale des Etats-Unis où il était en poste dans une prestigieuse institution internationale. On lit aussi que les filles en question auraient été escortées (le mot est juste) en Amérique et présentées au président (d'alors) de cette grande institution par un commissaire de police et un dirigeant d'une grande entreprise de BTP, faisant passer lesdites prostituées pour des assistantes ou secrétaires. Ce qui vaut à ses deux prestigieuses escortes une mise en examen pour proxénetisme agravé. Au moins ce Dodo la Saumure semble un maquereau tout à fait décent. Dans un interview pour Le Parisien, une prostituée de Dodo évoque avec respect son patron :

J’ai travaillé dans les maisons de Dodo la Saumure. C’est un homme bien, ce n’est pas un vulgaire proxénète, bien au contraire. Il n’a rien à voir avec le grand banditisme. Il discute volontiers avec nous et vit très simplement. Et il nous paye en temps et en heure, car ce n’est pas le cas de tous les tenanciers. Il ne force personne à travailler non plus. Ici, quand on vient, on est toutes volontaires. J’ai été recrutée après avoir répondu à une petite annonce. Nous ne sommes jamais maltraitées et si on veut refuser un client, on peut. Dodo prend la moitié de nos gains. Il fournit tout : la chambre, les serviettes, les préservatifs, la douche et les produits d’hygiène. Ici, je pars et je reviens quand je veux. Je suis libre de mes choix.

En France être client d'une prostituée majeure n'est pas illégal, notre Dodo à nous n'a donc à craindre que pour sa réputation, hélas déjà sérieusement entamée. On peut tout de même se dire qu'on l'a échapé belle.

Agitation

Nuit d’insomnie qui me laisse un peu la gueule de bois, enfin j’ai quand même dormi un peu mais d’un sommeil agité, peuplé de rêves désagréables et de réveils en sursaut. Le thème de mes cauchemars a changé ces derniers temps, avant c’était toujours quelque chose que je devais faire et que je me montrais incapable d’accomplir, maintenant c’est quelque chose de particulièrement imprudent ou d’irresponsable que je fais mais dont je néglige les conséquences tout en les connaissant parfaitement et en les redoutant. A chaque fois je me réveille en sursaut à un moment du rêve et j’ai un moment de panique à démêler la réalité du rêve, avant d’être soulagé par la réalisation que le rêve est bien un rêve et n’a rien à voir avec la réalité et me rendormir. Parfois ces cauchemars prennent la forme d’engueulades avec des gens que je côtoie paisiblement dans la journée. Mes rêves me mettent toujours dans des situations inextricables et anxiogènes. Et le pire, qui ne m'arrive heureusement plus mais qui était fréquent quand j'étais déprimé c'était les rêves de ce type à répétition, plusieurs fois par nuit, au point que je redoutais de me rendormir. J’envie les gens qui ont des rêves heureux ou qui ne se souviennent pas de leurs rêves. Je ne me souviens pas de mes rêves dans les détails mais plutôt en gros, dans les grandes lignes et il me semble que j’ai peu de rêves heureux, de rêves qu’on regrette de quitter en s’éveillant. Je me suis dit que c’était probablement pour ça que je n’aimais pas les romans d’Haruki Murakami, parce que ce sont tous (au moins tout ceux que j’ai essayé de lire) des récits oniriques, de la même façon que je n’aime pas non plus les romans de Kafka.

Au square des Batignolles

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Je me souviens très bien du jour où j'ai pris cette image, c'était un midi en 2006 au square des Batignolles dans le XVIIème. J'allais souvent à l'heure du déjeuner dans ce joli jardin public pour prendre des photos ou simplement me vider la tête (c'était l'époque où je faisais un travail désespérant d'ennui et vide de sens). Ça me faisait beaucoup de bien de m'aérer dans un bel endroit, plein d'arbres, de plantes et de belle lumière. Je crois que ça m'a permis de supporter mon boulot de l'époque. C'est important de chercher et de trouver de la beauté tous les jours dans les plus banales des situations, je crois que j'ai perdu un peu celà de vue et que je dois me remettre à faire des photos pour me forcer à chercher la beauté partout (et la lumière).

La Toussaint est-elle toujours ce qu'elle était ?

Est-ce que la Toussaint est toujours célébrée de la même façon que dans mon enfance ? Comme je ne vais quasiment jamais en province je ne me rends pas bien compte. Dans le temps on achetait des chrysanthèmes pour fleurir toutes les tombes de la famille et même parfois des amis proches. On devait dépenser une petite fortune en chrysanthèmes. Le rituel obligatoire le jour de la Toussaint était de faire la tournée des cimetières (quand les morts de la famille étaient répartis sur plusieurs cimetières, sinon la tournée des caveaux) et de se recueillir sur chaque tombe en vérifiant que les chrysanthèmes étaient bien là où ils devaient être et en tâchant de savoir si ceux qui devaient les avoir envoyés avaient bien accompli leur devoir. Je me souviens avec horreur de ces jours de Toussaint gris et humides : j’en ai gardé une profonde détestation des chrysanthèmes et suis devenu partisan de la crémation avec dispersion des cendres dans la nature. En ville, ou du moins ici à Paris, on ne voit rien de la Toussaint (du moins je suppose quand on n'habite pas auprès d'un cimetière), et ce jour férié est à peine marqué par une activité et une animation un peu moindre qu'un autre jour de la semaine.

The Queen

Hier soir j'ai regardé pour la deuxième fois The Queen, le film de Sephen Frears. J'aime bien qu'on me donne l'impression de rentrer dans l'intimité de la famille royale britannique — et peu importe que la réalité soit différente de la fiction, d'ailleurs elle ne doit pas être très différente. La reine Elisabeth est interprétée magnifiquement par Helen Mirren, un monument de raideur figée dans le devoir et les préjugés de sa classe, en proie au doute, avec quelques moments, vite réprimés, où la femme et la mère perce sous la souveraine. Le prince Philip est un aristocrate idiot, plein de morgue et de mépris pour le peuple, mais soumis comme tout le monde à sa femme, la reine. Les deux scènes du cerf — quatorze cors — sont extraordinaires : la rencontre dans la lande de Balmoral de la reine et du cerf que pourchassent les hommes de la famille et la visite que fait la reine à la dépouille de ce même cerf tué par les ignares clients de chasse du voisin, deux scènes clés du film qui agissent comme révélateurs pour le personnage de la souveraine.